Casse-tête à psy
L'ANNEAU... ET LE DOIGT!
APRES LE CRAYON... LA PLUME : livres audio
textes, poêmes, nouvelles, contes à lire ou écouter.
La vie est parfois bien bizarre. Tenez, hier après midi, alors que tout PALERME faisait la sieste, à cette heure où rien ne se passe, moi le seul touriste égaré sous ce soleil abrutissant, j’ai fait une bien étrange découverte...
Je marchais dans une rue oubliée les tempes écrasées par cette chaleur qui faisait vaciller même le sol, lorsque je vis briller sur le bitume ce que je pris d’abord pour un petit bout de verre. Je me penchais intrigué.
En fait il s’agissait d’une pierre aux facettes finement ciselées. Je jetais un coup d’œil à droite, puis à gauche. Rien. Décidément toute forme de vie semblait avoir déserté la ville.
En toute impunité donc, j’allais me saisir de la pierre, mais elle me résista. Je regardais de plus près… Oui c’était ça., c’était une bague.
L’anneau s’était incrusté dans le bitume ramolli, et la pierre, iceberg facétieux sur un océan opaque, se jouait du soleil. J’attrapais la pierre et cette fois-ci, la tirais avec plus de fermeté mais toujours en douceur.
Je sentis la bague se libérer de son étreinte visqueuse. Le goudron, collé au métal s’étirait en fils poisseux et de cette noirceur gluante émergea l’anneau. L’anneau… et le doigt, ou plus exactement ce qu’il en restait.
Sans doute sous le poids des voitures, l’anneau s’était déformé, se resserrant sur le doigt jusqu’à se heurter à l’os sur lequel on pouvait encore voir pendre un cartilage spongieux déchiqueté. Je sentais un léger chatouillement dans la paume de ma main où gisait ce doigt légèrement contracté. Non pas qu’il bougea, non, il semblait animé d’une vibration.
Je le retournais délicatement. C’est alors qu’un relent de putréfaction vint me fouetter les narines, me donnant la nausée. Mais ce n’était rien. Je venais de comprendre. Des centaines de vers, gras comme des sangsues fouillaient les chairs dans l’encombrement des vaisseaux éclatés, des lambeaux de peau arrachés, des caillots de sang séchés. Certains s’étaient immiscés sous l’ongle, le décollant lentement. Par endroits ce petit boudin tuméfié était devenu bleu et semblait prêt à exploser. Là où le doigt avait été sectionné un liquide orangé et verdâtre légèrement mousseux suintait.
C’en était trop. Ecoeuré je lâchais ce doigt et m’assis au bord du trottoir. Puis je fermai les yeux.
Il me sembla avoir rêvé de l’homme à qui manquait le doigt : la lame du couteau qui scintille, la peau qui s’écrase, se tasse avant de céder, le choc sourd de l’os, le sang qui bouillonne sur la chemise…
Je fus tiré de ma rêverie par un bruit de mastication… un chien, oh! un chien pelé, miteux, l’œil vitreux, le corps rongé par les parasites, un de ces chiens d’outre-tombe qui vous donne mauvaise conscience. Il salivait bruyamment. A l’instant où je compris qu’il avait englouti le doigt, je le vis se tordre de douleur, sa gueule se contracta, un éclair halluciné traversa ses yeux injectés de sang, il poussa un râle déchirant, se raidit sur ses pattes antérieures et dans un grondement sourd se répandit en une gigantesque flaque de dégueulis.
Surnageant parmi les tripes encore fumantes les vers grouillaient… ils étaient maintenant des millions!